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Nouvelles pratiques du journalisme 2011, les points-clés

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par DUPIOT Charlie, DE MOREL Pierrick, CLOUTOUR Lola

Comment mesurer l'audience qui nous lit? Comment vérifier les contenus issus des réseaux sociaux? Comment innover dans une rédaction? Au programme de la journée du 2 décembre dédiée à l'innovation en journalisme, les intervenants ont alimenté le débat et fourni des éléments de réponses à ces interrogations.

 

 

Mesure de l'audience et ligne rédactionnelle (Metrics and editorial policy)

Emily Bell, directrice du centre de journalisme numérique à Columbia, ex-The Guardian

 

  • “Le journaliste doit s’intéresser à ce que veut le public” : "If you don't want to listen to what your readers are doing, then you don't have a business.” Pour Emily Bell, le journalisme est une “conversation”.

  • Internet a changé les frontières de l’information : une actualité locale peut rayonner à l’international, à l’exemple du mouvement “Occupy Wall Street”.

  • “Les journalistes doivent vraiment comprendre quel usage est fait de l’actualité”, reprend Emily Bell. “Les étudiants de Columbia qui couvraient Occupy Wall Street s’en lassaient. Mais l'analyse de l’audience a montré que pour les lecteurs, c’était une vraie histoire, il fallait continuer à la raconter." 

Ce que les statistiques nous apprennent sur l'audience et sa façon de consommer des informations (What metrics tell us about readers and how people consume news)

Dawn Williamson, de Chart Beat

 

  • L’information en temps réel élargit le temps de production du contenu : il faut intervenir avant, pendant, et après la publication.

  • L’information en temps réel permet de prendre des décisions économiques (optimisation du placement des publicités) et journalistiques (comment utiliser des informations sur les termes de recherches pour produire de meilleurs articles).

  • Il faut s’intéresser "aux outils qu’utilisent les acteurs innovants, et pas seulement à la qualité du contenu qu’ils produisent".

Innover dans une rédaction, discours de la méthode (Newsroom innovation)

Gabriel Dance, éditeur interactif pour The Guardian US, ex-directeur artistique pour The Daily, l’application iPad de Rupert Murdoch, et ex-producteur multimédia au New York Times

  • "Devenir fan" est l'un des premiers principes énoncés par Gabriel Dance. C'est-à-dire trouver quelqu'un que l'on apprécie, regarder ce qu'il fait et essayer de le copier en améliorant la copie. On "ré-itère" des idées qui existent déjà en les adaptant en fonction des goûts des lecteurs.

  • Connaître ses limites : Il faut appliquer des règles à son travail. Il faut être honnête avec soi-même sur ce qu'on peut et ne peut pas faire. En faisant cela, on peut créer quelque-chose de vraiment innovant. Les rédactions ont toujours des limites que ce soit de moyens ou d'effectifs et il faut donc adapter ses projets en fonction de cela.
  • Trouver de l'inspiration : il faut la trouver à l'extérieur du journalisme. Il faut savoir de quoi parlent les gens et pourquoi ça leur plaît. Il peut y avoir des concepts intéressants pour le journalisme dans les jeux vidéos par exemple. Il faut susciter l'enthousiasme des gens et être compétitif sur les nouvelles technologies.

 

Débat sur L'innovation dans l'information: quelle place pour les journalistes? (Innovating the news: what role for journalists?)

Modérateur : Frédéric Filloux, auteur de la Monday Note

 

Alice Antheaume, responsable de la prospective à l'Ecole de journalisme de Sciences Po

Madhav Chinnappa, directeur des partenariats Europe pour Google Actualités

Jean-Marie Colombani, fondateur de Slate
Jean-Marc Manach, journaliste à Owni, auteur du blog Bug Brother

Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde et auteur du blog Chroniques Judiciaires

Thibaud Vuitton, rédacteur en chef adjoint plate-forme d’informations en continu de France Télévisions

  • L'innovation en journalisme : le journalisme en ligne a sauvé la chronique judiciaire (Pascale Robert-Diard), "nous sommes à l'âge d'or des éditorialistes" (Jean-Marie Colombani), le live et le fact-checking en temps réel (Alice Antheaume), travailler avec des graphistes et des développeurs (Jean-Marc Manach).

  • Le Huffington Post, une imposture intellectuelle ? Un succès en termes d'audience (Frédéric Filloux), "un intermédiaire entre l'information et son lecteur" (Thibaud Vuitton), des nouveaux formats à inventer (Alice Antheaume), allier journalisme de liens et investigation (Jean-Marc Manach)

  • Les médias à la peine dans l'innovation (par rapport à Google entre autres) ? "Google n'a pas peur des échecs en termes d'innovation" (Madhav Chinnappa). "La révolution fondamentale du net, c'est de confronter les journalistes à leur audience" (Jean-Marie Colombani). "Il y a beaucoup de rédactions où l'on a encore très peur d'Internet et où on empêche les journalistes d'innover" (Jean-Marc Manach)

 

La TV sociale, ce que cela change pour l'information et la programmation (What Social TV means for news and programming)

Mike Proulx, co-auteur du livre Social TV

 

  • La télévision sociale représente la convergence des médias sociaux et de la télévision. Parmi tous les réseaux sociaux, Twitter a eu le plus d'impact car il permet de réagir en temps réel et évolue très rapidement. Cet "effet Twitter" a un gros impact sur la télévision.

  • Twitter permet l'interaction. Les journalistes peuvent y trouver des sources et des témoignages. De plus, Twitter est de plus en plus intégré aux émissions télévisées : les téléspectateurs réagissent en direct.C'est beaucoup plus intéressant de regarder une émission quand on peut partager avec des millions de personnes.

  • Twitter est un outil très utile pour les journalistes : il permet de surveiller les nouvelles en direct. Nous sommes dans un journalisme "always on" avec "des oreilles et des yeux ouverts en permanence" partout dans le monde grâce aux utilisateurs de Twitter.

 

Le fact checking en temps réel, comment ça marche? (Real-time fact checking)

Samuel Laurent, journaliste politique au Monde.fr, ex-lefigaro.fr

 

  • Le fact-checking est très à la mode. Il est développé par de nombreux médias : les décodeurs du Monde.fr, Désintox de Libération, le détecteur de mensonges du JDD. Mais c’est la base du travail journalistique : vérifier l’information. Avec le fact checking, c'est le tempo de la vérification qui s’accélère. Et aujourd’hui, il s'agit d'une réponse à la communication politique. La réactivité est importante, puisqu'elle permet de stopper une offensive politique qui s’appuie sur de fausses informations: Laurent Wauquiez par exemple a été contredit par les Décodeurs, au sujet de l'assistanat

  • Au Monde.fr, le fact-checking est participatif. On fait appel à l’audience pour nous aider, sur le blog et dans les "live". On l'a notamment fait d’abord sur les révolutions arabes et sur Fukushima avant de s'y mettre pour les émissions politiques. A l'occasion du second débat des primaires socialistes, 65.000 personnes étaient connectées sur le live du Monde.fr. Dans un futur proche, la télévision aura certainement son propre service de fact checking.

  • L’organisation de "live" n’est ni simple, ni souple. Il faut bien le préparer et s’appuyer sur les anciens "fact checking" afin d'avoir des liens intéressants sous la main. Surtout, c’est un travail qui nécessite un approfondissement a posteriori. On peut ajouter des liens et du contexte en temps réel, mais le vrai travail journalistique prend plusieurs jours. C’est cet ensemble qui apporte de la qualité et de la crédibilité. Et par conséquent, de l’audience.

 

Comment vérifier les informations venues des réseaux sociaux? (How to verify information from social media)

Nicola Bruno, journaliste, auteur pour le Reuters Institute Study of Journalism d’un travail de recherche intitulé “tweet first, verify later”

 

  • Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile d’identifier les bonnes sources et de les vérifier, surtout sur Internet: pas assez de temps, trop de contenu, trop de sources. Néanmoins, les contenus trouvés sur les réseaux sociaux peuvent être très utiles aux médias, comme ce fut le cas pour le tremblement de terre en Haïti: faute de journalistes sur place, CNN a par exemple couvert l’événement en se basant uniquement sur des témoignages trouvés sur les réseaux. Ce genre d’informations trouvées en ligne permet aujourd’hui une meilleure couverture des catastrophes.

  • Les rédactions web de grands médias généralistes ont développé différentes approches quant à l’information disponible sur les réseaux sociaux. BBC.com, par exemple, a une approche dite “centralisée”: une équipe surveille les réseaux sociaux 24h/24, y cherche des sources, les appelle, et évalue les contributions du public. L’objectif: vérifier d’abord, publier plus tard. Le site du Guardian développe au contraire une approche décentralisée: pour le “live-blogging”, on accorde plus d’importance à la rapidité qu’à la vérification. Même principe pour l’iReport.com de CNN, une plateforme de contenus crées par le public. Peu de ces contenus sont vérifiés.

  • Quels outils utiliser pour mieux vérifier les informations trouvées sur les réseaux sociaux? Pour vérifier la véracité d’une photo, il est possible d’utiliser TinEye ou ExifData. Autre possibilité pour voir si l’image n’est pas retouchée: le site ErrorLevelAnalysis. Pour vérifier, enfin, l’information sur Twitter, il faut vérifier les bios des sources trouvées, ses anciens tweets. Ne pas hésiter à leur demander un numéro de téléphone.

 

Internaute, mon semblable, mon frère? (Users, my friends, my peers?)

Julien Pain, journaliste à France 24, responsable du site et de l’émission les Observateurs

 

  • L'émission fonctionne grâce à un réseau de 3.000 Observateurs répartis dans le monde entier, et choisis par les journalistes du site pour leur fiabilité. 20.000 autres personnes sont actuellement dans les bases de données du site. Tant qu'ils n'ont pas été reconnus comme étant des sources fiables, ils n'ont pas le badge d'Observateur. 

  • Les contenus de ces amateurs sont récupérés par cinq journalistes qui complètent ces informations avec les réseaux sociaux pour ensuite les décliner sur trois médias : le Web, la télévision (France 24) et la radio (RFI). Les Observateurs interviennent dans l'émission par webcam. Tous les contenus fournis par les Observateurs sont évidemment vérifiés avant d'être publiés, les vidéos étant le support le plus compliqué à vérifier. Informations de professionnels et de l'amateur s'entremêlent: on n'est donc pas uniquement dans la "réac".

  • Les journalistes de l'émission appellent les Observateurs sur place, récupèrent des fragments d'informations fournis par leurs proches et utilisent les réseaux sociaux pour construire l'information. Cette méthode est d'autant plus intéressante pour des pays où il n'y a pas de journalistes : elle permet d'aller chercher les images de ce que refusent de montrer les autorités des pays concernés.

 

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